La littérature roumaine

La littérature roumaine s'est constituée tardivement comme littérature nationale, à partir du milieu du 10-neuvième siècle, puis a rattrapé son retard avec une rapidité remarquable. Elle a donné à l'Europe des poètes, des dramaturges et des essayistes que le grand public associe parfois à la France. Deux fils la traversent, l'attachement au monde rural et une inquiétude métaphysique persistante.

Génération fondatrice

Mihai Eminescu, mort en 1889 à 39 ans, reste le poète national, lu et récité dans tout le pays pour la musicalité de ses vers et pour le long poème Luceafărul. Son contemporain Ion Luca Caragiale porte au théâtre la comédie de moeurs et la satire politique avec Une lettre perdue, dont les répliques circulent encore comme des proverbes. Ion Creangă fixe de son côté la prose narrative populaire dans ses Souvenirs d'enfance et dans ses contes.

Romanciers de la terre et de la ville

Liviu Rebreanu ouvre le roman réaliste roumain avec Ion en 1920, puis avec La forêt des pendus, inspirée du destin de son frère fusillé pendant la Première Guerre mondiale. Mihail Sadoveanu déploie une oeuvre immense, historique et rurale, dont Baltagul demeure le titre le plus traduit. Camil Petrescu et Hortensia Papadat-Bengescu y ajoutent l'analyse psychologique et le décor urbain.

Penseurs de l'exil français

Emil Cioran, Mircea Eliade et Eugène Ionesco quittent la Roumanie et construisent l'essentiel de leur oeuvre en France. Cioran écrit en français à partir de 1949 et impose un style d'aphorismes désespérés, Eliade fonde une histoire comparée des religions enseignée à Chicago, Ionesco invente avec La cantatrice chauve un théâtre de l'absurde qui lui vaut d'entrer à l'Académie française en 1970. Leurs engagements de jeunesse auprès des mouvements d'extrême droite roumains font l'objet d'un examen critique continu.

Herta Müller et le prix Nobel

Née en 1953 dans le Banat, au sein de la minorité germanophone souabe, Herta Müller décrit la surveillance et la peur sous le régime de Ceausescu. Elle émigre en Allemagne en 1987 et reçoit le prix Nobel de littérature en 2009 pour une oeuvre qui, selon l'Académie suédoise, dépeint le paysage des dépossédés. La Bascule du souffle, consacrée à la déportation des Allemands de Roumanie vers l'Union soviétique, compte parmi ses livres les plus lus en français.

Mircea Cărtărescu et la scène actuelle

Mircea Cărtărescu domine la littérature roumaine vivante avec la trilogie Orbitor, publiée de 1996 à 2007, puis avec Solénoïde en 2015. Ce dernier roman a obtenu le prix du Los Angeles Times en 2023 et le Dublin Literary Award en 2024. Autour de lui, Gabriela Adameșteanu, Norman Manea, Ana Blandiana ou Dan Lungu bénéficient de traductions régulières en français, tandis qu'une génération plus jeune explore la mémoire du communisme et l'expérience de l'émigration.